25 mars 2009
6 mois c'est un peu tard
Mon copain et moi on rêve ensemble.
C'est mon premier copain. Il a toujours été là, mais je ne l'avais jamais vu avant. Je ne voyais pas avant. Mais maintenant, mes yeux sont terminés et je peux voir ce qu'il y a autour de moi. Et il y a mon copain. Il est marrant, il est tout rouge, un peu transparent et il flotte comme moi. On est attachés tous les deux par une grosse ficelle qui me rentre dans le ventre. Ça fait tout drôle.
De temps en temps, j'entends des voix dans ma tête, des grosses voix, des cris, ça me fait peur, mais mon copain, il me rassure. Il bat régulièrement et il émet des petits bruits, des sifflements que moi seul peux comprendre. C'est normal, c'est mon copain.
Depuis un certain temps, je bouge au fil des marées dans cette mer. L'eau est chaude et salée, j'aime bien ça. Et quand je bouge, je sens le ciel au-dessus de moi qui réagit parfois. Alors je bouge encore, mais je fatigue très vite et je m'endors aussitôt.
Et je rêve. Je rêve de formes, de couleurs, je vois des visages, que j'associe à des sons, à des bruits. Et je rêve de musique aussi. C'est mon copain qui dort avec moi qui me fournit le rythme, toujours régulier. Son papa, il devait être métronome.
Ma famille, je la connais bien aussi. Je connais bien ma maman, même si je ne l'ai jamais vue. Elle est très jolie et très gentille, c'est ma maman et je reconnais bien sa voix quand elle parle. Je la reconnais mieux quand elle me parle, question de concentration sans doute. Mon papa, je le connais moins, peut-être qu'il est muet, mais il parle jamais. Et les voix que j'entends avec ma maman sont pas la sienne, pour sûr.
La dernière fois, j'ai rêvé que l'on faisait un grand voyage loin, là où il n'y a plus d'eau salée, là où il faut respirer et même que ça fait mal au début. Je me suis réveillé en sursaut, mais mon copain m'a calmé. Il m'a expliqué, avec ses petits sifflements, que c'était normal, que ça arrivait à tout le monde.
Un jour, j'ai rêvé qu'une grosse aiguille a percé mon univers. Elle est rentrée dans ma jambe et j'ai crié très fort, mais personne ne m'entendait, essayez donc de crier sous l'eau. Depuis, je sens que ma maman, elle va pas bien du tout. Elle ne bouge presque plus, alors qu'avant elle courrait, elle marchait, je sais tout cela parce que mon copain me l'a dit. Mais depuis la grosse aiguille, plus rien. Et puis il y a eu une autre grosse aiguille, puis encore une autre. Et à chaque fois elles me piquent et je pleure tout seul. Heureusement que mon copain est là et qu'il me console. dans mon rêve, je le vois brillant, avec des tas de chouettes lumières qui clignotent partout.
Hier, dans un rêve, j'ai appris son nom. Il s'appelle Placenta. C'est un nom sympa. Je le sais parce que j'ai entendu maman crier son nom. Elle devait à quelqu'un parce que je n'entendais qu'une voix, mais très fort et très aigüe. Elle parlait de Placenta et aussi de trisomique. C'est peut-être mon nom, ça. C'est aussi un nom sympa. Tisomique. Un peu long peut-être. Elle disait que je tenais ça de mon enculé de père. Ca m'a fait plaisir. Ca veut dire que mon papa est encore là. Un moment j'ai eu peur. Elle disait aussi qu'elle n'avait pas eu d'argent pour les analyses.
Suand je serais grand, ma maman elle aura toujours plein d'argent.
Et là, je rêve que ma maman elle me porte dans ses bras. Alors je la serre très fort et je ne veux plus m'en aller. Plus jamais. Je veux rester tout le temps avec ma maman.
Ma maman elle est toute triste, je l'ai senti dans mon rêve. Elle a mis sa main sur son ventre, c'est mon ciel, son ventre. Maintenant je le sais aussi. Elle dit que c'est mieux comme ça, qu'elle ne pourrait pas m'élever. Pas comme ça. Et on s'est endormi tous les deux. C'était bien.
Quand je me suis réveillé, j'étais plus dans l'eau chaude et salée. C'était tout dur par terre. Mais je ne m'inquiètes plus, je c'est ce que c'est. C'est une poubelle, il paraît. C'est mon copain Placenta, tout rouge et tout visqueux à coté de moi, qui me l'a dit.
23 juillet 2008
Prédateurs
Bien des hommes voyaient leur existence basculer au contact des boucheries militaires. La peur fondamentale de mourir émerge des champs de bataille, les hommes combattent alors leurs réticences à tuer leur prochain, jusqu'à ce qu'elles disparaissent. Tuer devient une mécanique. La guerre est une ritualisation industrielle de la mort. Elle détruit les rails de sécurité que la civilisation prend la peine d'installer dans les esprits. Et elle laisse ces êtres aux prises avec leurs pulsions primaires rétablies : survivre. Tuer pour vivre. Au fil des conflits, les soldats apprennent à gommer ce que des siècles de vie en société ont érigé en critères essentiels, par-dessus les instincts animaux de l'homme. L'homme doit brider ses pulsions dans sa vie en société. Ne pas laisser libre court à ses désirs. La colère, la peur, la rage, tout doit être canalisé. La guerre, c'est faire sauter ces verrous pour tuer sans plus se poser de questions. Et irrémédiablement, les instincts primaires émergent à nouveau. On ne peut dissocier la mort de la vie, la peur du courage, la rage du désir.
Le serial killer, le psychopathe mélange tout. Comme tant d'autres êtres fragiles.
Et que dire de lui ? Qu'il pouvait se haïr à cause d'une sexualité différente ? N'était-ce pas là une faille terrible de ce système que de renier l'homme dans sa complexité ?
Il avait réagit de cette façon. Il ne faisait pas comme les autres, parce que ses désirs n'étaient pas ceux de la société, il s'était cru monstrueux. Il en avait éprouvé de la peur, et de la haine pour soi. Et si ça avait été de la colère, de la rage contre les autres, serait-il devenu un psychopathe en puissance ? L'homme n'est qu'un enfant dans l'échelle de l'évolution. Une bête sauvage qui se croit évoluée. A force de bourrage de crâne l'humanité toute entière s'est persuadée d'être habitée par une force supérieure, alors qu'elle n'est qu'un prédateur provisoirement au sommet de la chaine alimentaire. La prétention de la civilisation a lénifié l'impact des instincts de l'homme, que les guerres - si bassement animales - continuent d'entretenir au fond de chaque être. L'humanité dort sur un baril de poudre. Et si les instincts primaires refaisaient surface un jour ? Si les barrières morales de la civilisation éclataient a force de contradictions ? Qu'arriverait-il ? Les hommes s'entre-déchireraient. Les prédateurs historiques qui sommeillent en eux et ont permis à ces fragiles bipèdes de prendre l'ascendant sur les autres espèces de la planète émergeraient. Le réveil des prédateurs serait implacable. Sur plusieurs décennies ? Plusieurs siècles ? Une broutille à l'échelle de l'évolution. Mais le résultat serait dramatique. Une boucherie à l'échelle mondiale.
La fin d'un règne.
Parce que toute la civilisation repose sur sa vanité, un système guidé par quelques-uns pour leur propre intérêt, un ordre pyramidal établit sur le pouvoir. Une civilisation protégée depuis son aube par les guerres. Une civilisation aveugle à ses contradictions : la volonté affirmée de guider l'homme vers le meilleur de ses facultés maitrisées tout en se servant de ses plus bas instincts pour assurer la protection de ses valeurs. Oui, il y a bien quelque chose de pourri au royaume des Hommes. La volonté omniprésente de diriger. De contrôler. De se hisser au-dessus des autres. C'est en l'homme. Et toute autre civilisation, quel que soit son modèle, à un moment ou un autre a muté vers ces tares individualistes.
Oui, le serial killer s'est peut être laissé corrompre par la guerre.
Ou peut-être est-il un avertissement.
Le message comportemental d'un individu, pour alerter la dynamique erronée du groupe.
L'émergence d'un pareil comportement pulsionnel ne semble pas erratique. Il existe au sein de ces déviances une dynamique propre. Et la nature est trop parfaite pour laisser s'organiser et se reproduire de tels schémas marginaux et agressifs. Aucune plante trop toxique ne survit. Aucun animal purement destructeur n'a sa place sur terre. Chaque chose a une raison de s'être développée.
Psychopathes et autres prédateurs ne sont qu'un avertissement.
Que l'humanité continue d'ignorer.
26 janvier 2008
Récit de l'horreur : histoire vraie de Matthew Shepard
Mardi soir 6 octobre 1998, Matthew Shepard sort avec quelques amis gays au Fireside bar, à Laramie. A 21 ans, il est étudiant en sciences politiques à l'Université du Wyoming. Il est revenu dans cet Etat après avoir étudié en Suisse, ses parents travaillant en Europe. Les amis de Matt s'en vont, et il reste seul au bar devant une bière. Là, deux jeunes hommes l'abordent. Ils lui demandent s'il est gay. Matthew confirme. Ses deux interlocuteurs affirment qu'il sont gays aussi et lui demandent s'il veut venir avec eux. Confiant, Matt les suit dans leur voiture, qui les conduit hors de la ville.
| Là, les deux jeunes hommes commencent à frapper Matthew à la tête avec la crosse d'un 357 Magnum. Matt est seul contre deux, et n'est pas de taille à se défendre : il mesure 1m65 pour 54 kg. Ses agresseurs l'attachent à une barrière. Matthew sent qu'ils veulent le tuer et les supplie de lui laisser la vie sauve, mais ses aggresseurs continuent à le frapper, si violement qu'ils lui brisent le crâne. Le traitement que les jeunes hommes font subir à Matthew s'apparente à de la torture : à son arrivée à l'hôpital, Matt présentait 14 coupures sur le visage, dont certaines assez profondes pour atteindre l'os, et de multiples brûlures sur le corps. Croyant Matthew mort, ils abandonnent son corps attaché à la barrière, comme un trophée. |
Matthew reste 18 heures ainsi à une température proche de zéro, avant qu'une chute de VTT ne fasse atterrir à ses pieds un cycliste, qui croit d'abord avoir affaire à un épouvantail et qui se dépêche de prévenir les secours en constatant que Matthew respire encore. Le jeune amateur de VTT est persuadé que c'est un vrai miracle qui l'a fait tomber sur Matthew et a ainsi permis au jeune homme de survivre quatre jours et à sa famille de le revoir avant son décès.
| La nouvelle de la violente agression contre Matt provoque un choc dans le pays tout entier. Bill Clinton se déclare profondément choqué par la brutale attaque et demande aux Américains de prier avec lui pour Matthew, dont les parents rentrent précipitament d'Arabie Saoudite où ils travaillent et vivent. Matthew a été transporté à l'hôpital de Poudre Valley, dans le Nord du Colorado. Il est dans le coma et n'est maintenu en vie que grâce à des machines. Son crâne est tellement brisé que les chirurgiens ont renoncé à l'opérer. Une veillée est organisée devant l'hôpital où arrivent ses parents. A minuit, dimanche 11 octobre, la pression sanguine de Matthew chute brutalement. Sa famille, présente à l'hôpital, est immédiatement prévenue et se rend à son chevet. A 00h53 lundi matin, Matthew meurt au milieu des siens, sans avoir repris connaissance. |
Samedi 10 au soir, soit 24 heures avant la mort de leur fils, les parents de Matthew ont fait lire par le directeur de l'hôpital un communiqué. Voici la traduction d'un large extrait de ce communiqué : les passages où ils parlent de leur fils. Ils parlent au présent puisqu'au moment où ils ont écrit ce texte très émouvant, Matthew luttait encore contre la mort :
"Matthew est quelqu'un d'exceptionnel, et chacun peut tirer des leçons de sa vie. Tous ceux d'entre nous qui connaissent Matthew le voit tel qu'il est, une âme gentille et douce. Il croit beaucoup à l'humanité et aux droits de l'homme. C'est une personne de confiance qui regarde chacun à sa juste valeur, et qui ne s'attarde pas sur les défauts de chacun.
Sa vie a souvent été un combat, d'une manière ou d'une autre. Il est né prématurément, et il s'est battu pour survivre quand il était bébé. Il est de petite taille mais nous croyons que c'est un géant quand il respecte la valeur de chacun. Nous savons qu'il pense que s'il peut rendre meilleure la vie de quelqu'un, il a emporté un succès. C'est un critère de réussite que Matthew a toujours pris en compte.
| Matthew sait qu'il n'est pas le meilleur sportif du monde, mais il avait un esprit de compétition. Il a participé une fois aux Jeux de l'Etat du Wyoming. Il est arrivé à une place honorable à la course à pieds, et a alors décidé de participer aux épreuves de natation. Il l'a fait bien qu'il savait qu'il finirait le dernier. Ce qui est arrivé. Après, il a reconnu auprès de nous qu'il savait que ses chances de gagner étaient négligeables, mais qu'il n'aurait pas laisser cette considération l'empêcher d'essayer. C'est une autre leçon de Matthew pour nous tous, c'est une leçon que, nous l'espérons, chacun gardera en son cœur. |
Matthew a beaucoup voyagé. Il parle l'anglais, l'allemand et l'italien. Il aime beaucoup l'Europe, mais il aime aussi Laramie [la ville du Colorado où il vivait] et l'Université du Wyoming. Nous pensons que s'il écrivait lui-même ce communiqué, il insisterait sur le fait qu'il ne veut pas que l'acte horrible de quelques uns ne ternisse la réputation de Laramie et de l'université."
Lundi 13 au soir, un des premiers sites consacrés à Matthew, proposait plusieurs rubriques. Ce soir là, les gens pleurent en constatant la présence d'une nouvelle rubrique : celle annonçant la date des obsèques de Matthew.
| Dès l'annonce de la mort de Matthew, les associations gays ont décidé de réagir en organisant des "candlelight vigils", des veillées où chacun vient avec sa bougie. Le but était double : se rassembler pour rendre un hommage silencieux et ému à Matthew, et, réclamer l'adoption de la loi contre les crimes haineux afin d'éviter si possible que ce drame ne se reproduise trop souvent. La première veillée a eu lieu mercredi 15, à Washington, sur les marches du Capitole. Plus de 5000 personnes s'y sont rassemblés, des sticks phosporescents à la main, les bougies n'étant pas autorisées à cet endroit - pour écouter les discours d'amis de Matthew, de stars, de représentants des associations gays et de défense des droits de l'homme, et d'hommes politiques. |
| Ellen Degeneres, vedette de la série américaine "Ellen", était présente. Elle a beaucoup fait parler d'elle il y a quelques mois, lorsqu'elle a profité de l'épisode annonçant l'homosexualité de son personnage pour révéler qu'elle était elle-même lesbienne. Elle s'est avancée jusqu'à la tribune et commencé ainsi : "Et ils pensaient que j'allais finalement me la fermer !". Elle a parlé de ceux qui prétendent parler au nom des valeurs familiales : "Quand quelque chose comme ça arrive, où sont-ils ? Je n'ai pas vu de pleines pages de publicité disant ”Arrêtez la haine, arrêtez la violence". Elle a ensuite évoqué ceux qui se servent de la bible pour justifier l'intolérance vis à vis des gays : La Bible a aussi été utilisée pour justifier l'esclavage”. ”Tout le monde a le droit d'aimer". "J'en ai tellement marre !" a-t-elle dit. "Je ne peux pas m'arrêter de pleurer." Sa voix s'est brisé tout de suite après, elle a regardé la foule, mit sa main sur son coeur et a expliqué, d'une voix forcée, douce et chargée d'émotion : "C'est ce que j'essayais d'empêcher. C'est pour ça que j'ai fait ce que j'ai fait." Soudain, la mort dramatique de Matthew donnait un nouvel et bien plus profond éclairage au coming-out d'Ellen. |
Deux amis de Matthew ont également pris la parole sur les marches du capitole. Walter, en son nom et en celui d'Alex qui se tenait à ses côtés, a lu un texte très émouvant pour parler de son ami :
"Il m'a fallu plusieurs jours pour que le choc s'atténue, et pour que les images de Mat
t vivant prennent la place de cette horrible vision de son corps brisé et meurtri gisant sur ce lit d'hôpital. Mais Matt est revenu dans mon esprit, une fois passés l'horreur, le choc et EXHAUSTION. Son sourire danse devant mes yeux pendant que j'écris.
Tous ceux qui ont eu la chance de connaître Matt savent de quel sourire je parle. Matt ne souriait jamais juste avec sa bouche. Son visage et son corps tout entiers s'illuminaient. Ses yeux dansaient et son aura et son énergie rayonnaient de toute sa personne. Quand je rencontrais Matt, il me bondissait dessus, passait ses bras autour de moi en une étreinte qu'il était le seul à savoir donner.
| Parfois Matt se montrait à ma porte et demandait : "Est ce que je te dérange ?" Ses yeux ne dansaient pas et il ne m'offrait pas son énergique étreinte. Ses yeux ressemblaient à ceux d'un petit garçon qui vient de voir un film qui lui a fait peur. Il entrait et me demandait s'il pouvait simplement rester là. Il avait ses livres de classes avec lui. Il s'asseyait et regardait la télé, ou prenait ses livres et commençait son travail. Après un moment, il commençait à parler, expliquant qu'il avait entendu quelqu'un crier " pédé " ou parler de " folles ". Nous discutions de la façon dont cela le touchait au plus profond de son cœur, et du besoin qu'il avait de se sentir de nouveau en sécurité. Alors il restait encore un peu, se reprenant et essayant de se durcir. Ce qui n'était pas chose facile pour Matt, car il n'était pas le genre de personne à être dure. |
Le sentiment de sécurité que ressentait Matt a été trahi par tous les politiques qui, dans le Wyoming et dans ce pays, se sont opposés ou ont voté contre la loi contre les crimes haineux pendant les dernières années. Ces hommes et ces femmes représentent l'élite de notre Etat et de notre nation, et ils ont envoyé un message clair aux gens de notre Etat et de ce pays : vous pouvez haïr les gays et les lesbiennes.
| Ces deux jeunes hommes n'ont en aucune façon essayer de cacher leur crime. Ils n'ont pas camoufler le corps meurtri de Matt en espérant que la neige le recouvrirait jusqu'au printemps prochain. Ils l'ont attaché à une barrière, l'exhibant comme un trophée, annonçant à la ville et au monde ce qu'ils avaient fait. Cet acte était une tentative pour intimider et terroriser la communauté gay du Wyoming et signifier que tous les gays et lesbiennes méritent une telle violence. Matt m'a dit un jour qu'il allait devenir célèbre et qu'il allait accomplir de grandes choses dans le domaine des droits de l'homme. Quand je vous regarde et que je pense à ce qui se passe dans le Capitole derrière nous, je ne peux m'empêcher de penser qu'il n'imaginait pas à quel point il était dans le vrai. |
Matt ne viendra plus jamais s'installer sur mon canapé et ne bondira plus jamais en classe pour rencontrer un ami, plus jamais. Mais je veux croire que ses yeux dansent tandis qu'il regarde en bas et voit combien il a touché le cœur et l'âme des habitants de ce pays. "
Mais rappelez-vous une chose : quoiqu'il puisse sortir de bon de tout cela, le prix en aura été trop élevé.
Après cette veillée, des dizaines d'autres ont eu lieu dans tout le pays, de la Californie à la Floride.
Les obsèques de Matthew ont eu lieu vendredi 16 octobre. Ce jour là, le Humain Right Campaign, le plus important lobby gay américain, a lancé une opération pour que le maximum de homepages gays soient noires. En France aussi, de nombreuses homepages se sont habillées de noir, ainsi que des sites comme OOups ou Cité gay.
A Casper (Wyoming), ville natale de Matthew où ont eu lieu ses obsèques, son père s'est brièvement adressé au public et à la presse avant que la famille n'assiste au service funèbre dans l'intimité. Son discours fut très émouvant, Dennis Shepard a eu à plusieurs reprises la voix brisée par l'émotion, tandis que la mère de Matthew, Judy, aggripée au bras de son mari, ne pouvait retenir ses larmes. Voici les principaux passages du texte lu par le père de Matthew :
"Au nom de notre fils Matthew Shepard, nous voulons remercier les citoyens américains et les gens du monde entier qui ont exprimé leur grande sympathie et leur soutien à notre famille pendant ces heures difficiles.
| Une personne aussi attentive et aimante que Matt aurait été très touchée par ce que ce drame a produit dans les cœurs et les âmes des gens dans le monde entier. Matthew était le genre de personne qui, si cela était arrivé à quelqu'un d'autre, aurait été lé premier à offrir son aide, son espoir et son cœur à la famille " a continué M. Shepard, terminant sa phrase dans un sanglot. Nous ne trouvons pas les mots pour exprimer notre gratitude pour les milliers de mails, de réactions, de messages sur les sites Web, de coups de téléphones et de cartes que nous avons reçu, apportant l'aide, la consolation, la sympathie et le soutien. Nous sommes touchés et émus plus que nous ne saurions le dire. |
Merci de comprendre et de respecter la demande de la famille de faire aujourd'hui ses adieux à M
atthew dans l'intimité. Nous avons besoin de lui dire au revoir dans le calme. Matt lui-même aurait été le premier à répondre à la demande de la famille si cela était arrivé à quelqu'un d'autre.
| Comprenez que parce que les dernière minutes de conscience sur Terre de Matthew ont été un enfer, sa famille et ses amis veulent plus que jamais lui dire au revoir d'une manière paisible, digne et aimante. Nous n'oublierons jamais l'amour que le monde a exprimé à notre fils bien aimé. Les 600 places à l'intérieur de l'église étaient pleines, et plusieurs centaines de personnes s'étaient rassemblées dans une autre église et à l'extérieur, malgré la neige, pour se recueillir, et suivre la cérémonie retransmise par hauts parleurs. " |
Si cette manifestation et ces propos inqualifiables sont le fait d'une minorité extrémiste, les idées qu'ils défendent trouvent malheureusement un écho parmi une partie importante de la population américaine.
Sondagesde Time :
| L'homosexualité est moralement répréhensible. Opinion de 48 % des Américains interrogés par Time. (45 % pensent que ce n'est pas un problème de morale). L'homosexualité est un péché. Il faut tenter de montrer aux homosexuels une façon de régler ce problème, tout comme pour l'alcool, l'obsession sexuelle ou la kleptomanie. Trent Lott, le chef de la majorité républicaine au Sénat. Accepter l'homosexualité est la dernière étape de la décadence de notre civilisation. Pat Robertson, sur une chaîne cablée chrétienne. |
"L'évolution de la tolérance en Amérique"
(A la une du journal dans le distributeur : "Un étudiant gay battu à mort dans le Wyoming").
| Une cousine de Matthew, religieuse, s'est rappelé qu'un jour, alors qu'il était enfant, elle se promenait en ville avec lui. Matt avait vu un drapeau en berne et avait demandé à sa cousine pourquoi le drapeau n'était pas en haut du mat. "Cela veut dire que quelqu'un d'important est mort." lui avait-elle répondu. A San Francisco, un grand drapeau arc-en-ciel flotte au croisement de Castro street et de Market street. A l'annonce de la mort de Matthew, il a été descendu à mi-hauteur du mat. |
Dans son numéro suivant la mort de Matthew (daté du 26 octobre), Time a consacré sa une et 8 pages à l'assassinat de Matthew, à la haine anti-gays et au lobbying gay, avec les articles suivants :
- Etre jeune et gay dans le Wyoming - La loi de la dernière chance Newsweek y a consacré deux pages avec un article intitulé Echos d'un meurtre dans le Wyoming. |
Epilogue :
5 avril 1999 : Russell Henderson, 21 ans, l'un des deux assassins de MLatthew, est condamné à une double peine de prison à perpétuité, sans possibilité de libération. Il a évité la peine de mort en plaidant coupable.
4 novembre 1999 : Aaron McKinney, 22 ans, l'autre assassin, est à son tour condamnée à uen double peine de prison à vie.
Ses avocats avaient rencontré les parents de Matthew Shepard pour leur demandé d'éviter la peine de mort à leur client. Judy et Denis Shepard on accepté.
"M. McKinney, je vous laisse la vie en mémoire de celui qui ne vit plus aujourd'hui" a déclaré Dennis Shepard, le père de Matthew, en s'adressant à Aaron McKinney.
"Je crois à la peine de mort" a-t-il ajouté. "Il n'y a rien que je désire plus fortement que vous voir mourir, M. McKinney. Mais il est temps de sougner nos plaies. Il est temps de faire preuve de pitié vis à vis de quelqu'un qui a refusé de faire preuve de la moindre pitié."
"M. McKiney, je vais vous sauver la vie, aussi difficile cela soit-il, à cause de Matthew. A chaque fois que vous fêterez Noël, un aniversaire, ou la fête nationale, rappelez-vous que Matthew ne les fête pas. Chaque fois que vous vous réveillerez en prison, rappelez-vous que vous avez eu, cette nuit là, la possibilité et la capacité d'arrêter ce que vous étiez en train de faire. Vous m'avez volé quelque chose d'infiniment précieux, et ça, je ne vous le pardonnerai jamais."






